Le 12 mai 2026, dans deux villages isolés du département de Ranérou, région de Matam, le Sénégal a tenu une promesse. L’inauguration des mini-centrales solaires 2.0 de Dayane Kodiolé et Dayane Sélé raccorde 712 habitants à l’électricité pour la première fois de leur histoire.

Le Ferlo s’illumine

Il était à peine midi lorsque les délégations officielles ont posé pied à Dayane Kodiolé, sous un ciel de saison sèche. Devant une foule de villageois qui attendaient depuis des années, le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Souleye Diop, a officiellement mis en service les deux mini-centrales solaires 2.0 de Dayane Kodiolé et Dayane Sélé, dans la commune de Vélingara Ferlo.

Fruit d’une coopération triangulaire entre le gouvernement sénégalais, l’Union européenne et l’Allemagne, ces installations de troisième génération ne sont pas de simples panneaux sur un toit. Elles embarquent des batteries au lithium d’une durée de vie de dix ans — le double des anciens systèmes — et des équipements de gestion intelligente de l’énergie capables d’alimenter ménages, écoles et structures sanitaires de façon fiable et continue.

L’anecdote la plus révélatrice de la journée a été rapportée par le ministre lui-même : avant même que la cérémonie n’ait officiellement débuté, des habitants avaient déjà branché leurs appareils. Le détenteur de la machine à moudre le mil avait rouvert boutique. La vendeuse de glace avait relancé son congélateur. Le vulcanisateur avait sorti son compresseur.

712 bénéficiaires directs — ménages, écoles et centres de santé des villages de Dayane Kodiolé et Dayane Sélé

« Cette inauguration ne marque pas uniquement le début d’un accès à l’électricité, c’est aussi un symbole d’équité territoriale. » — Birame Souleye Diop, Ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines

Ce que change réellement la technologie 2.0

Oubliez les installations fragiles de première génération, dont les batteries s’épuisaient après cinq ans et laissent les villages à nouveau dans l’obscurité. Les centrales inaugurées à Dayane Kodiolé et Dayane Sélé appartiennent à une catégorie différente, développée dans le cadre du programme ENDEV Pro-Accès de la GIZ.

Leur architecture est modulaire et évolutive : si la population d’un village grandit, le réseau peut être étendu. Si les besoins changent, le système s’adapte. L’objectif est aussi de tester ces unités comme prototypes de démonstration. Si le modèle prouve son efficacité sur le terrain, il sera déployé dans l’ensemble du parc de mini-réseaux sénégalais.

Les innovations techniques des mini-réseaux solaires 2.0 :

  • Batteries au lithium — durée de vie 10 ans (vs 5 ans ancienne génération)
  • Systèmes de gestion intelligente de l’énergie intégrés
  • Architecture modulaire : extension et relocalisation possibles
  • Connectivité pour ménages, écoles, structures de santé et PME
  • Optimisation pour les conditions sahéliennes (ensoleillement, poussière, chaleur)

« Les centrales sont de dernière génération, avec des batteries lithium d’une durée de vie de dix ans, différentes des anciennes qui duraient au maximum cinq années. » — Birame Souleye Diop, lors de la cérémonie d’inauguration

« Avant même l’inauguration, les activités avaient démarré »

Cette formule du ministre résume mieux que tout ce que l’électricité représente pour des villages qui en étaient privés. Dès que les premiers kilowatts ont commencé à circuler dans les câbles, l’économie locale s’est mise en mouvement : le moulin à mil, le vulcanisateur, la vendeuse de glace dont le prix a chuté drastiquement.

Le ministre Birame Souleye Diop a particulièrement insisté sur la question de l’autonomisation des femmes. Dans ces régions, elles sont les premières à souffrir de l’absence d’énergie — piler le mil avant l’aube, renoncer à certaines activités faute d’éclairage, limiter l’accès aux soins après la tombée de la nuit.

« Nous ne devons pas réduire les femmes à de simples travailleuses manuelles. Nous devons les aider à développer des activités génératrices de revenus afin qu’elles puissent subvenir aux besoins de leur famille. » — Birame Souleye Diop, Ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines

Le programme anticipe ces transformations. Un plan d’action spécifique, développé avec l’appui de la firme internationale Stantec et de la délégation de l’Union européenne, vise à garantir que les bénéfices de l’électrification profitent équitablement aux femmes, aux filles et aux jeunes des zones rurales.

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La Team Europe en action : l’approche diplomatique qui éclaire les villages

La présence simultanée de Jean-Marc Pisani, Ambassadeur de l’Union européenne, et de Kai Baldow, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne, aux côtés du ministre sénégalais de l’Énergie, a donné à l’événement une dimension symbolique forte. Ces deux centrales incarnent l’approche Team Europe : une coordination renforcée entre l’UE et ses États membres pour maximiser l’impact de leur coopération.

« Ces deux mini-réseaux solaires 2.0 incarnent une coopération triangulaire exemplaire entre le gouvernement du Sénégal, l’Union européenne et la coopération allemande. L’État du Sénégal a accompli un pas décisif pour ses populations afin qu’elles puissent se sentir citoyennes à part entière. » — Kai Baldow, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Sénégal

L’ambassadeur allemand a posé les mots avec une précision qui fera date : l’électricité n’est pas un luxe, mais « la base de la participation de ces deux villages à l’espace de l’État moderne et à la société contemporaine. »

Le financement du programme PADERAU dans son ensemble atteint des niveaux inédits pour l’électrification rurale au Sénégal : 60,3 milliards de francs CFA pour le volet hors-réseau, auxquels s’ajoutent 58 milliards pour le volet réseau.

2029 : l’horizon d’un Sénégal entièrement éclairé

Ces deux villages ne sont qu’un point de départ. Le PADERAU vise l’électrification de 560 villages dans quatre régions (Matam, Tambacounda, Sédhiou et Ziguinchor) pour atteindre 200 000 ménages à l’horizon 2029. Dans la seule région de Matam, 158 villages sont concernés, dont 56 dans le département de Ranérou.

Avant le lancement du programme, 95,7 % des ménages ruraux des régions de Matam et Ziguinchor utilisaient encore des torches à pile comme principale source d’éclairage. C’est cette réalité-là que le PADERAU s’emploie à effacer, village après village.

« Ce que le président de la République et son Premier ministre nous ont recommandé, et ce dont Senelec s’occupe avec ses partenaires, c’est d’atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2029. Et ces deux mini-centrales sont un pas important pour y arriver. » — Birame Souleye Diop, Ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines

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Deux villages. Un symbole.

Dayane Kodiolé et Dayane Sélé ne sont que deux noms sur une carte du Ferlo. Mais ce qui s’y est passé le 12 mai 2026 dépasse largement leurs frontières. C’est la démonstration que l’énergie propre peut atteindre les endroits les plus reculés, que la coopération internationale peut être concrète, que les promesses peuvent se transformer en kilowatts.

Le PADERAU n’est pas qu’un programme d’électrification. C’est un projet de société. Chaque watt produit par ces panneaux solaires est un watt qui permet à une femme d’entreprendre, à un enfant d’étudier le soir, à un centre de santé de garder ses médicaments au frais.

Pour les habitants de ces villages, l’avenir a commencé le 12 mai 2026, à la lumière du soleil sahélien.

« L’électricité n’est pas un luxe. Elle constitue la base de la participation de ces deux villages à l’espace de l’État moderne et à la société contemporaine. C’est ça la base de la souveraineté que votre gouvernement est en train de construire. » — Kai Baldow, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Sénégal