Dans le cadre de son engagement à atteindre un taux d’électrification des ménages de 100 % d’ici 2025, le Gouvernement, par l’intermédiaire du Ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines (MEPM) met en œuvre le Programme d’Appui au Développement des Énergies Renouvelables pour l’Accès Universel (PADERAU), financé par l’Union Européenne.

La firme internationale Stantec apporte son appui technique à la Délégation de l’Union Européenne au Sénégal pour la composante genre du PADERAU. Dans ce cadre, une étude diagnostique a été réalisée sur l’impact de genre dans la zone d’intervention du PADERAU principalement à Matam et à Ziguinchor. C’est ainsi qu’un atelier de restitution de l’étude diagnostique « Genre et Énergie » s’est déroulé les 23, 24 et 25 septembre 2024 à Matam.

Marcela de la Peña, la cheffe de mission, a souligné en effet que cette composante se concentre sur l’assistance technique au MEPM et à ses structures pour garantir que les besoins différenciés des hommes et des femmes soient pris en compte dans l’accès aux services énergétiques. Elle a également rapporté qu’une étude commanditée par Stantec et réalisée par le Cabinet CRES a été menée pour établir une situation de référence sur les besoins énergétiques des différentes catégories de la population.

« Cette enquête a permis d’identifier les disparités d’accès et d’utilisation des services énergétiques entre les sexes, un aspect crucial pour la planification et le suivi des interventions du PADERAU. C’est en ce sens que plus de 200 000 personnes vont être électrifiées », a-t-elle déclaré.

Présidant la rencontre, Madame Aissatou Alima Sambou Thiam, représentante du ministre Birame Soulèye DIOP et de la Coordonnatrice de la Cellule Genre et Équité du MEPM, a ajouté que cette enquête fait partie intégrante du dispositif de planification et de suivi-évaluation des interventions du PADERAU. Elle explique d’ailleurs qu’au Sénégal comme au reste de l’Afrique, et particulièrement en zone rurale, « la femme est au cœur du système énergétique familial : la corvée d’approvisionnement en eau, la mouture de céréales, la recherche du bois de chauffe, etc. sont autant de tâches dévolues aux femmes. Pour disposer d’une justice énergétique, “le renforcement de l’articulation entre l’énergie et le genre s’impose inéluctablement à nous tous dans notre monde d’aujourd’hui”.

Mme Thiam a également noté que de nombreux audits du genre dans le secteur de l’énergie ont montré que les besoins énergétiques particuliers des femmes sont rarement pris en compte dans les politiques et projets nationaux.

« Il nous faut changer de paradigme et aller vers une politique énergétique sensible au genre… C’est pourquoi cet atelier représente une étape significative vers l’élaboration d’une stratégie et d’un plan d’action concrets pour intégrer l’approche de genre dans les deux zones d’intervention du PADERAU. En favorisant une meilleure compréhension des enjeux liés au genre dans le secteur de l’énergie, le Gouvernement espère ainsi améliorer l’accès à l’électricité, mais aussi promouvoir l’égalité des sexes et le développement durable », a-t-elle soutenu.

L’atelier a rassemblé divers acteurs et bénéficiaires, dont Banel Dia ; originaire de la communauté rurale de Ndendory dans la région de Matam, elle a exprimé son impatience de voir le projet PADERAU se concrétiser dans cette zone reculée, confrontée à de nombreux obstacles liés à l’absence d’électricité.

« Nous travaillons dans la transformation de céréales locales et de jus, des activités qui ne peuvent se faire sans une électricité suffisante. Dans notre commune, nous avons 21 villages et 10 hameaux. Beaucoup de localités ne sont toujours pas électrifiées, ce qui est très difficile pour une femme entreprenante, sans parler des jeunes filles scolarisées. Elles doivent parcourir des kilomètres pour aller étudier, parfois dans la nuit, ce qui constitue un danger pour elles », se désole-t-elle.

Présidente du GIE Seydi Nourou Tall, elle a également souligné les conséquences de cette situation : « Vous avez tous constaté qu’il y a plus de filles dans les écoles élémentaires. Cependant, à partir du collège, elles désertent les classes parce que les écoles deviennent de plus en plus éloignées. Ici à Matam, notre culture ne nous permet pas de laisser nos filles parcourir des kilomètres pour rejoindre les cités électrifiées. Cela justifie la baisse du taux de scolarisation des jeunes filles dans nos villages. Cependant, l’arrivée de l’électricité dans ces zones serait une aubaine. Grâce à PADERAU, nous aurons plus confiance à laisser nos enfants à l’école ; nous pourrons mener à bien nos activités génératrices de revenus et améliorer notre sécurité, tout cela grâce à l’énergie », s’enthousiasme-t-elle.

En effet, cette rencontre qui s’est tenue à Matam, s’inscrit dans une dynamique de changement où l’énergie devient un vecteur d’émancipation et de développement pour tous, indépendamment du genre. Et, la forte participation de représentantes de groupements de femmes et de leaders communautaires a montré ainsi l’importance d’une approche de genre inclusive dans la mise en œuvre des projets.

L’atelier a passé en revue les différents résultats du diagnostic, domaine par domaine, suivi de discussions sur les différents contenus. Certains résultats ont été réajustés par les participant.es. Les résultats qui ont ensuite été validés à l’issue des trois (3) jours de travaux ont permis de contribuer au recueil d’activités complémentaires pertinentes pour la finalisation du Plan d’Action genre du PADERAU.